Bien que confronté à un calendrier rendu dantesque par sa finale de H-Cup, Toulouse confirme qu'il est bel et bien au-dessus du lot dans le Top 14. Cinq jours après avoir atomisé Auch, le Stade, encore largement remanié, n'a laissé aucune chance aux Castrais défaits (6-16) sur leur pelouse. Loin d'avoir la même capacité d'enchaînement, le CO n'a jamais été en mesure d'inquiéter une formation sûre de son fait et dont la performance a de quoi rassurer à un peu plus de deux semaines du choc de Cardiff face au Munster.
Yves Donguy inscrit son 4e essai en deux matces. (Maxppp)Muet comme une tombe à l'heure de préparer la deuxième des trois levées du Stade Toulousain en seulement neuf jours sur le terrain d'un Castres Olympique encore tout auréolé de son succès à Clermont, Guy Novès n'avait rien laissé filtrer sur sa composition d'équipe. Un soupçon d'intox de bonne guerre dans le derby face au CO pour le plus grand cachottier du championnat, dont la surprise du quinze de départ résidait dans la titularisation à l'ouverture de Yannick Jauzion, associé à Byron Kelleher à la charnière.
Intouchable avec une équipe-bis face à la lanterne rouge, Auch, à Ernest-Wallon (73-12), le Stade était attendu dans le derby face à un adversaire autrement plus dangereux. On a vu. Avec un quinze de départ encore largement remanié, Toulouse a livré une copie terriblement solide. "On ne savait pas trop à quelle sauce on allait être mangé, expliquait Cédric Heymans au micro de Canal+Sport à l'issue de cette septième victoire à l'extérieur cette saison. On était venu pour se tester. On n'a pas pensé à jouer en première période, puis on a porté plus le ballon en seconde. On a montré qu'on pouvait être dangereux." Castres, dont l'objectif secret de jouer les demi-finales s'est sans doute envolé avec cette quatrième défaite de la saison à domicile, peut en témoigner.
Le recadrage de Novès à la pause
Des Castrais qui, à l'exception d'un bon contre de Cameron McIntyre (4e), ne sont pas au mieux dans cette entame disputée contre le vent d'autan. Pris à la gorge par des Toulousains très pressants, les joueurs d'Alain Gaillard sont sous pression et se mettent à la faute, une première fois au sol par le troisième ligne du CO, Iosefa Tekori (0-3, 6e), parfaite illustration de la difficile entrée en matière des Tarnais, puis par Gerhard Vosloo, auteur d'un plaquage dangereux sur Shaun Sowerby (0-6, 13e). Bombardé buteur, Bertus Swanepoel répond présent pour un Stade qui tire parfaitement profit de l'avantage du vent violent, qui souffle en rafales sur Pierre-Antoine. La doublure sud-africaine des lignes arrières toulousaines n'hésite pas à placer un drop de plus de cinquante mètres, peu après une première tentative de Jauzion (10e). Son coup de pied porté par Eole n'est pas loin de faire mouche (11e). Et pourtant, sur son banc, Novès semble mécontent de voir ses joueurs rendre aussi vite le ballon. Le rythme effréné des premières minutes imprimé par les visiteurs est retombé. Lien de cause à effet ou non, Castres en profite en tout cas, suite à une faute au sol du talonneur toulousain, l'Argentin Vernet Basualdo, pour revenir au score. Si Romain Teulet fait valoir sa fiabilité (3-6, 33e), McIntyre, lui, échoue dans sa tentative, il est vrai nettement plus lointaine (37e). La défense castraise fait bonne garde en cette fin de première période, où Fabien Pelous, sonné suite à un choc avec Rodrigo Capo-Ortega, doit quitter ses coéquipiers.
Vent ou pas, le staff toulousain exige plus de jeu à la main. Invisible ou presque en première période, Heymans, de retour à l'arrière, n'y serait pas non plus opposé. Et les Toulousains, mis au parfum par leurs entraîneurs, s'y emploient à la reprise sur cette valise énorme qu'inflige Kelleher à son homologue castrais, Sébastien Tillous-Bordes, pour enchaîner sur un raffut maison fatal à Marticorena et deux dernières accélérations qui laissent Teulet et Fleming le nez dans le gazon. Le Kiwi peut servir Swanepoel qui, bien repris par McIntyre, échoue à un mètre de la ligne castraise (47e). La pénalité que convertit Swanepoel est un moindre mal (3-9, 49e) et l'avertissement sans frais, même si Jauzion, dans la foulée, est tout près d'exploiter une relance en surnombre (49e). Le CO, sevré de ballons, notamment en touche, et friable sur ses plaquages, n'y est plus et il faut la maladresse de Swanepoel au pied pour ne pas voir l'écart se creuser suite à un nouveau plaquage à l'épaule de Vosloo (51e). La sortie sur blessure du pilier sud-africain du CO, Daniel Saayman, n'arrange rien et oblige les deux équipes à simuler les mêlées. On ne joue que la 52e minute!
Castres ne tient plus qu'à un fil. Le jeu à la main appelé des voeux de Novès et de son banc fait enfin mouche sur une attaque plein axe de Jauzion qui croise avec Manu Ahotaeiloa. Malgré le retour de trois Castrais, l'ancien Agenais trouve à l'intérieur Yves Donguy qui s'en va inscrire son quatrième essai en deux matches (3-16, 59e). Un break inéluctable ou presque tant Toulouse maîtrise son sujet. L'impuissance du CO à réagir, sinon sur une pénalité de Teulet (6-16, 70e), sera symptomatique de la maîtrise toulousaine. Le Stade retrouve sa sérénité. Novès, lui, ne devrait pas être plus pressé de dévoiler l'équipe qui se déplacera à Montpellier dimanche...